Traitement des douleurs du coude :

 

 

 

 

kinésithérapie classique ou Myothérapie ?

 

 

 

 

Une étude comparative.

 

 

Dr Jan Polak

Président de la Société Internationale de Myothérapie

 

 

L'étude commentée ici a été effectuée par M. P. Ponzio et Mme V. Cottar,

tous deux kinésithérapeutes à Herblay (95).

(Mme Cottar exerce maintenant dans le Gard)

 

 

   L'étude suivante, qui compare les effets de la Myothérapie et de la kinésithérapie classique sur les épicondylalgies, a été effectuée de façon randomisée (répartition de chaque approche thérapeutique de façon aléatoire), et en simple insu (le patient ignorait quelle méthode était appliquée, mais le thérapeute le savait forcément – car comme dans une étude comparative sur des méthodes chirurgicales, il vaut tout de même mieux que le thérapeute sache ce qu'il fait…), sur les douleurs du coude vues en cabinet de kinésithérapie.

 

   Le nombre de cas retenus a été calculé par une méthodologie qui nous a été fournie par l'INSERM : pour résumer plus la différence de résultats est importante moins les effectifs des deux groupes ont besoin d'être importants, et inversement, avec néanmoins un minimum requis, ce qui a effectivement été respecté ici.

 

   Les résultats de l'étude montrent que dans cette pathologie, réputée difficile à guérir, le traitement par Brachy-Myothérapie semble nettement plus efficace que le traitement kinésithérapique classique par massage transversal profond, ultrasons et électrothérapie, puisque le premier permet 3 fois plus de guérisons en 2 fois moins de séances que le second.

 

Introduction

 

   Les douleurs du coude, et plus particulièrement les épicondylites (épicondylalgies latérales), sont très fréquentes entre 35 et 50 ans surtout, et sont d’évolution souvent longue et de traitement difficile.

   L’épicondylite concerne par exemple en Suède 1 à 3 % de la population, mais 19 % des hommes de 40 à 50 ans ; aux États-Unis plus de 7 % des ouvriers et 50 % des joueurs de tennis sont concernés à un moment ou à un autre ; chaque cas a entraîné une moyenne 62 jours d’arrêt de travail par ouvrier concerné au Québec en 1981.

 

   Les épicondylites, même traitées par les méthodes classiques, durent en moyenne de 6 mois à 3 ans.

   Bien que les douleurs du coude puissent siéger à la face antérieure, postérieure ou interne du coude, la douleur externe (latérale) est la plus fréquente.

   Officiellement on envisage plusieurs causes, mais il est reconnu que les problèmes musculaires sont de loin les plus fréquents.

 

   Les épicondylalgies sont généralement considérées comme des pathologies des insertions tendineuses, ou enthésopathies. Ces tendinopathies d’insertion représenteraient 90 % des épicondylites. La cause généralement invoquée est une traction excessive et répétée sur les fibres du tendon commun des muscles épicondyliens.

 

   Ceci est parfaitement compatible avec notre hypothèse qui attribue cette pathologie à des contractures persistantes des muscles s'insérant au niveau de l’épicondyle : Brachio-Radial (anc: Long Supinateur), Anconé, et/ou Court Extenseur Radial du Carpe (anc: Court Radial ou 2e Radial) – ou s'insérant sur l'épitrochlée : Long Palmaire (anc: Petit Palmaire). Ces contractures, contraction permanente involontaire par réflexe auto-entretenu (boucle β), qui exercent une traction anormale sur l'insertion périostée des tendons correspondants, provoqueraient les douleurs d'enthésopathie, douleurs accentuées par la sollicitation de ces muscles, mais réversibles avec le traitement manuel de cette contracture par Brachy-Myothérapie.

 

   Le 'surmenage' des muscles concernés, souvent évoqué comme cause, paraît discutable comme étiologie : ce serait plutôt un facteur déclenchant, dans la mesure où les douleurs du coude se rencontrent aussi bien chez des personnes dont on pourrait effectivement considérer qu’elles surmènent les structures du coude (sportifs ou travailleurs manuels ou à la chaîne par exemple) que, dans 1/3 des cas, chez d’autres catégories de la population.

   Et après tout, l’articulation du coude est faite pour bouger, sans qu’une notion d’usage 'excessif' soit sérieusement envisageable et encore moins prouvée…

 

 

Patients & Méthode


   Les patients se présentant pour douleurs du coude au cabinet de kinésithérapie de Mme V. Cottar et de M P. Ponzio entre septembre 1996 et mars 1997 ont se sont répartis eux-mêmes au hasard en deux groupes, en fonction de leur choix de l'un ou l'autre thérapeute, lesquels travaillant en association. Les patients ne pouvaient donc pas savoir quelles méthode thérapeutique leur serait appliquée, la Myothérapie pouvant aisément être confondue avec la kinésithérapie classique par une personne non avertie.

   Les deux groupes sont de taille légèrement inégale, mais comparable. Chaque groupe comporte le nombre de patients statistiquement requis, calculé en fonction de la différence de guérisons constatée (données communiquées par l’INSERM), ce qui évite les erreurs de type II. Le risque d’erreur est ainsi fixé à 5 % et la puissance à 80 %.

   Les données communément admises pour effectuer des études comparatives ont donc été appliquées dans la présente étude. Dans le cadre des thérapies manuelles (comme en chirurgie) il s’agit d’une étude en simple insu, le thérapeute sachant obligatoirement ce qui est fait, mais le patient ne pouvant pas distinguer les traitements, tous deux manuels.

 

   L'un des deux groupes, le groupe A ou groupe témoin, constitué de 25 patients, a été traité par Mme V. Cottar, MKDE, par kinésithérapie classique (massage transversal profond, ultrasons et électrothérapie antalgique) .

   L'autre groupe, le groupe B, constitué de 32 patients, a été traité par M P. Ponzio, MKDE, par Brachy-Myothérapie exclusivement.

 

   Une implication du rachis cervical dans la majorité des épicondylalgies a été remarquée par plusieurs auteurs, ce qui coïncide avec nos propres observations. Chez la plupart des patients traités par Myothérapie ont donc été traités non seulement les muscles épicondyliens mais aussi en général les muscles cervicaux (sinon ceux des chevilles).

 

   Signalons que tous les patients des deux groupes avaient déjà eu en vain des traitements médicaux.

 

 

Résultats

 

► Groupe A, 25 cas traités par kinésithérapie classique:

 

• Guérison(où il ne persiste aucune douleur) : 6 cas soit 24 %.

 

• Améliorés à 80 % (il ne persiste au maximum que 1/5e de la douleur d'au début du traitement et cette douleur ne se produit qu'à l'occasion de gestes sportifs ou de force) : 7 cas soit 28 %.

 

• Echec partiel (amélioration importante et handicap fonctionnel beaucoup moins important, mais certains gestes usuels demeurent impossibles à réaliser car ils réveillent une douleur aiguë) : 6 cas soit 24 %

 

• Echec complet (aucune amélioration constatée) : 6 cas soit 24 %.

 

• Nombre de séances pratiquées:10 à 25 (moyenne= 12,8).

 

• Délais de disparition de la douleur (dans les seuls cas de guérison complète): 21 à 50 jours (moyenne 4 semaines).

 

► Groupe B, 32 cas, traités par Brachy-

Myothérapie seule :

 

• Guérison (il ne persiste aucune douleur; aucun effort même répété et important ne la réveille): 22 cas soit 69 %.

 

• Améliorés à 80 % (il ne persiste au maximum que 1/5e de la douleur d'au début du traitement et cette douleur ne se produit qu'à l'occasion de gestes sportifs ou de force) : 7 cas soit 22 %.

 

• Echec partiel (amélioration importante et le handicap fonctionnel est beaucoup moins important, mais certains gestes usuels de-meurent impossibles à réaliser car ils réveillent une douleur aiguë) : 1 cas soit 3%.

 

• Echec complet (aucune amélioration constatée) : 2 cas soit 6 %.

 

• Nombre de séances pratiquées : 2 à 13 (moyenne  = 6,7).

 

 

• Délais de disparition de la douleur (dans les seuls cas de guérison complète): 7 à 84 jours (moyenne 26 jours). Il n'y a pas de corrélation entre l'ancienneté du trouble et le délai de disparition de la douleur. Dans 7 cas la douleur a régressé de 80% en 1 seule séance.


• Recul minimum : 6 mois. Aucune rechute parmi les patients guéris.

 

   (Ces résultats confirment ceux de l'étude en essai libre sur les effets de la Myothérapie dans les douleurs du coude faite sur 62 patients par 10 médecins dont 2 rhumatologues, et qui montrait 66% de guérisons, 23% d'améliorations et 11% d'échecs.)

 

► L'on obtient donc par Myothérapie trois fois plus de guérisons des douleurs du coude, en 2 fois moins de séances, que par la kinésithérapie classique.


 

Discussion

 

   Tous les patients, des deux groupes, avaient déjà eu des traitements médicaux, ainsi que nous l’avons indiqué : les cas étudiés ici étaient donc par définition difficiles puisque résistants à ces traitements.

 

   La rapidité des guérisons par Brachy-Myothérapie est à remarquer dans une affection dont la majorité des cas n’est réputée guérir qu'en 18 mois à 2 ans (et ce souvent en obligeant le patient à supprimer le geste déclenchant (ce n'est pas vraiment un traitement... - et qui ne représente pas une vraie guérison), ce qui n'a pas été nécessaire ici.

 

   Bien que la pathogénésie des douleurs du coude reste discutée, les auteurs s'accordent sur le fait que ces pathologies, où prédominent les épicondylalgies, sont surtout des affections musculo-tendineuses, et plus exactement de douleurs musculaires se manifestant à leur point d'insertion, appelées tendinites d'insertion ou enthésopathies. 

 

   Elles touchent surtout, mais pas du tout exclusivement, les sportifs (au point que l'épicondylite est souvent appelée "tennis-elbow"), et les professions manuelles.

   Comme nous l'avons in diqué plus haut, le muscle Court Extenseur Radial du Carpe - CERC - (autrefois appelé 2e radial ou Court Radial) semble très souvent impliqué dans les épicondylites ou épicondylalgies latérales, elles-mêmes nettement plus fréquentes que les épitrochléites ou épitrochléalgies. Néanmoins on retrouve très souvent seules ou associées des contractures des muscles Anconé, Long Palmaire (anc.: Petit Palmaire), et du Brachio-Radial (anc .: Long Supinateur).

   D’autres muscles traversent le coude, mais ne semblent pas provoquer de douleurs au niveau de cette articulation. Rappelons que les contractures ne peuvent concerner que des muscles toniques qui maintiennent les positions (par opposition aux muscles qui créent le mouvement).

 

   Le système articulaire gouverné par les muscles que nous venons de citer peut être considérée comme triple : 1) articulation cubito-humérale (ou huméro-ulnaire, permettant les flexion-extension du coude), 2) articulation cubito-radiale (ou radio-ulnaire, permettant la prono-supination), et 3) radio-carpienne puisque, hormis les mm. Brachio-Radial et Anconé, les muscles cités qui s'insèrent sur l'épicondyle (CERC) et l'épitrochlée ( Long Palmaire) ont aussi une action sur le poignet qu'ils traversent : le Long Palmaire maintient la flexion du poignet, et le CERC se contracte automatiquement quand on serre les doigts pour éviter la flexion du poignet, le chef musculaire des muscles fléchisseurs des doigts se trouvant à l’avant-bras.


   Ce qui explique que les douleurs du coude se manifestent souvent lors de mouvements de la main (comme celui de serrer un objet ou de visser).

   Les douleurs peuvent bien sûr aussi s'exprimer lors de la flexion-extension du coude, ou être spontanées.

   La pression ainsi que les mouvements contrariés peuvent aussi réveiller la douleur , qui est aggravée par les activités sportives et les efforts manuels, et diminue mais ne cède pas toujours au repos. Tous ces signes sont des symptômes classiques de contractures, lesquelles sont ici souvent anciennes, persistantes, mais sont toujours secondaires à des contractures post-traumatiques du cou (ou des chevilles) qu'elles compensent.

 

   L'action de la Brachy-Myothérapie se faisant uniquement sur les muscles, et spécifiquement sur les contractures, l'importance des effets de cette thérapeutique confirme l'origine purement musculaire de la plupart des douleurs du coude.

   Les enthésopathies d'insertion (ou périostites) et les tendinites sont des lésions correspondant à la sollicitation de la chaîne ostéo-tendino-musculaire en traction, avec muscle en contraction . Ces caractéristiques, typiques d’un traumatisme, accentuent le réflexe myotatique et favoriseraient son “auto-entretien”, se manifestant sous forme de contractures persistantes des muscles riches en fibres de type I, ou 'boucle ß', ce qui équivaut à une rigidification de l'unité musculo-tendineuse.

   On peut donc penser que les deux phénomènes, enthésopathie et contracture de muscles toniques, sont intimement liés, comme cela a déjà été remarqué par certains auteurs, et comme cela est confirmé ici par la thérapeutique.

 

 

Conclusion

 

   L'étude présentée ici montre que l'on obtient par Myothérapie trois fois plus de guérisons des douleurs du coude, en 2 fois moins de séances, que par la kinésithérapie classique.

 

   Les patients gagneraient donc certainement à ce que cette thérapeutique fasse partie de l'arsenal du kinésithérapeute comme du médecin, généraliste, rééducateur ou rhumatologue.

 

   D'autant que la pathologie du coude n’est qu’un exemple parmi les nombreuses indications de la Brachy-Myothérapie.